11 février 2026
ADMINISTRATEUR À L’AFFICHE – MME VALÉRIE CHORT

Administrateur à l’affiche est une rubrique régulière qui donne l’occasion à une administratrice ou à un administrateur de premier plan de discuter de perspectives et de développements importants pour les salles de conseil concernant la gouvernance climatique. Chapter Zero Canada s’est récemment entretenu avec Mme Valérie Chort, IAS.A, experte ESG et administratrice de BNP Paribas, Legrand SA, Transat A.T., North West Rubber Group, Women’s College Hospital Foundation, et l’Institut international du développement durable. Voici les faits saillants de notre récente discussion avec Mme Chort sur l’évolution des discussions sur le climat au sein des conseils d’administration au cours de la dernière année, sur les différences entre les approches des conseils d’administration européens et canadiens en matière de climat, ainsi que sur ses perspectives concernant l’action des entreprises en matière de climat au Canada.
Q : Comment les conseils d’administration dans lesquels vous siégez discutent-ils des risques climatiques aujourd’hui? Ces discussions ont-elles évolué au cours de la dernière année?
Au sein des conseils d’administration où je siège, le risque climatique est désormais fermement considéré comme l’un des principaux risques stratégiques et pour l’entreprise, plutôt que comme un sujet ESG distinct. La manière dont il est intégré est délibérément adaptée au secteur d’activité (par exemple, les services financiers, le secteur industriel, les compagnies aériennes ou la fabrication), afin de refléter les différences d’intensité des actifs, d’exposition géographique, de complexité de la chaîne d’approvisionnement, de segmentation de la clientèle et de pression réglementaire.
Je constate actuellement une distinction beaucoup plus claire entre l’adaptation et l’atténuation. En ce qui concerne l’adaptation, les discussions au sein des conseils d’administration se concentrent sur la résilience des actifs, la continuité de la chaîne d’approvisionnement et le risque opérationnel. En ce qui concerne l’atténuation, l’accent est mis sur les méthodes de réduction des émissions qui sont directement liées aux leviers économiques, comme l’imputation sur les fonds propres, les choix technologiques et les décisions relatives aux portefeuilles.
Les conseils d’administration sont de plus en plus pragmatiques et axés sur l’exécution. Bien que les ambitions de carboneutralité fassent toujours partie de la conversation, les engagements ambitieux suscitent moins d’intérêt et l’accent est mis davantage sur la crédibilité, la viabilité économique et l’harmonisation stratégique des objectifs. Au cours de la dernière année, j’ai constaté un changement important dans l’examen de la qualité des données et des progrès réalisés, en particulier lorsque des informations sur le climat et les facteurs ESG sont publiées. Les conseils d’administration consacrent plus de temps à l’essai des hypothèses, des méthodologies et des contrôles, reconnaissant les risques réglementaires et de réputation associé à des données insuffisantes ou incohérentes.
Enfin, tous les conseils d’administration dans lesquels je siège ont formalisé leurs structures de gouvernance en matière de climat et de facteurs ESG avec des responsabilités claires au sein des comités de vérification, de nomination et de gouvernance, de rémunération, de stratégie ou ESG. Cela a permis de renforcer considérablement le contrôle et la responsabilité, et de reconnaître la nature horizontale des problèmes.
En tant que membre du conseil d’administration d’organisations françaises et canadiennes, existe-t-il une différence marquée entre la manière dont le climat et la nature sont abordés au sein de ces conseils? Les approches générales ont-elles convergé ou divergé (ou ni l’un ni l’autre) au cours de la dernière année?
D’après mon expérience au sein des conseils d’administration français et européens et canadiens, il existe d’importantes différences d’approche, qui dépendent en grande partie du contexte réglementaire. Les conseils d’administration français adoptent généralement une vision plus structurée et plus complète des questions climatiques et environnementales, sous l’influence de la réglementation européenne et d’une perspective axée sur la double matérialité. Le climat est plus explicitement intégré dans la stratégie, la gouvernance et la planification à long terme et les considérations liées à la nature entrent plus rapidement dans les discussions. Les conseils d’administration canadiens ont tendance à aborder la question du climat sous l’angle de l’importance financière relative et de la gestion des risques, le degré d’intégration étant adapté à l’exposition sectorielle et aux attentes des investisseurs. Les discussions sur le climat sont souvent plus axées sur les émissions, le risque de transition et la divulgation, et accordent moins d’attention à la biodiversité, à moins qu’elle ne soit manifestement importante.
Cela dit, au cours de la dernière année, j’ai constaté une nette convergence quant à la rigueur de la gouvernance. Dans les deux pays, les conseils d’administration renforcent les mandats des comités, clarifient les responsabilités et renforcent les attentes en matière de planification crédible de la transition et de divulgation d’informations de qualité. Les divergences qui subsistent concernent principalement l’ampleur et le rythme de l’intégration, en particulier en ce qui concerne les risques liés à la nature.
Selon vous, quelles sont les perspectives à court et à long terme de l’action climatique et de l’établissement de rapports des entreprises au Canada?
À court terme, je m’attends à ce que le Canada se concentre moins sur la prise de nouveaux engagements que sur la garantie de la crédibilité, de l’exactitude et de l’assurance des données climatiques et ESG, en particulier dans les rapports publics. Les conseils d’administration sont de plus en plus conscients du risque important en matière de gouvernance que représente l’écart entre l’ambition, la divulgation et l’exécution. Parallèlement, je vois des conseils d’administration de premier plan insister sur l’importance de l’harmonisation claire du climat et des facteurs ESG à la stratégie de l’entreprise et aux leviers de création de valeur et de l’adaptation au contexte sectoriel. Les initiatives en matière de climat sont évaluées en fonction de leur impact sur la résilience, l’efficacité du capital, la structure des coûts et l’accès au capital, plutôt que d’être traitées comme un programme ESG distinct.
À plus long terme, je m’attends à ce que les considérations climatiques soient pleinement intégrées à la stratégie, à l’imputation sur les fonds propres et à la gestion du rendement au sein des conseils d’administration canadiens. Les ambitions de carboneutralité resteront pertinentes, mais principalement en tant que points d’ancrage directionnels soutenus par des voies de transition crédibles et spécifiques au secteur. Les conseils d’administration qui réussiront seront ceux qui intégreront le climat d’une manière disciplinée et proportionnée qui renforcera la compétitivité à long terme et la valeur de l’entreprise.
BIOGRAPHIE COMPLÈTE
Mme Valérie Chort est une administratrice de sociétés respectée et une dirigeante d’entreprise possédant une profonde expertise et un parcours exemplaire en ce qui a trait aux facteurs ESG, à de la gestion des risques, aux opérations, à l’environnement, à la santé et à la sécurité (ESS) et à la finance durable. Depuis plus de 30 ans, Mme Chort aide les conseils d’administration, les entreprises, les gouvernements et les organisations non gouvernementales à mettre en œuvre des stratégies innovantes pour gérer les risques ESG et de réputation et créer de la valeur organisationnelle.
Elle est administratrice de BNP Paribas, Legrand SA, Transat A.T., North West Rubber Group, la Women’s College Hospital Foundation, et l’Institut international du développement durable. Elle est également membre fondatrice de Women for Nature et a reçu la Médaille du Couronnement du Roi Charles III.
Au cours de sa carrière, Mme Chort a occupé différents postes de cadre supérieure dans le domaine du conseil, de l’industrie et des affaires gouvernementales. De 2015 à 2023, elle a été vice-présidente de la citoyenneté d’entreprise à la Banque Royale du Canada (RBC) responsable d’élaborer une stratégie intégrée de citoyenneté harmonisée sur la raison d’être et les objectifs commerciaux de RBC. Les piliers clés sous sa direction comprenaient les facteurs ESG de l’entreprise, l’impact social et l’innovation, l’engagement des employés et la mesure de l’impact. Elle a également été directrice générale de la Fondation RBC, l’une des plus grandes fondations d’entreprise du Canada.
Avant de travailler pour la Banque Royale du Canada, Mme Chort était dirigeante de la durabilité et des changements climatiques de Deloitte en Amérique et associée des services de risques d’entreprise de Deloitte Canada, où elle a développé une pratique nationale au service des plus grandes sociétés canadiennes et des sociétés du FP500, en se spécialisant dans la stratégie et la gestion des risques dans les domaines de l’environnement, de la société et de la réputation. Elle a également occupé les postes de vice-présidente de l’ESS et de la sécurité des produits chez Husky IMS et de conseillère en administration chez Arthur D. Little, Inc.
Elle est également la cofondatrice de Fleur de Roy inc., une entreprise prospère de pivoines coupées dans le sud de l’Ontario.
Mme Chort est titulaire d’une maîtrise ès sciences en biochimie et d’un baccalauréat ès sciences appliquées en génie chimique de l’Université d’Ottawa.