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25 avril 2022

L’économie circulaire : ce que les membres du conseil doivent savoir

Une entrevue avec Derek Stephenson
Par Heather Wilson, directrice principale, Politique et recherche

Le concept d’économie circulaire remet en question les anciennes pratiques consistant à extraire des ressources, à les utiliser, puis à les jeter comme des déchets. Selon la Fondation Ellen MacArthur, « une économie circulaire dissocie l’activité économique de la consommation de ressources non renouvelables. C’est un système résilient qui est bon pour les entreprises, les personnes et l’environnement. »

Pour mieux comprendre l’économie circulaire, Heather Wilson, directrice principale, Politique et recherche, de l’IAS, s’est entretenue avec Derek Stephenson, expert reconnu de l’efficacité des ressources et des économies circulaires. M. Stephenson a expliqué ce que nous entendons par économie circulaire, comment le concept a évolué par rapport aux modèles précédents et, enfin, ce que les membres du conseil doivent savoir pour guider leurs organisations.

Beaucoup de gens ne savent pas ce que nous entendons par économie circulaire. Nous pourrions peut-être commencer par votre point de vue sur ce qu’est l’économie circulaire?
 
Il existe plusieurs définitions, mais la plus répandue est celle de la Fondation Ellen MacArthur. Elle décrit un état futur dans lequel les entreprises et les gouvernements seront guidés par trois principes fondamentaux : concevoir pour éliminer les déchets et la pollution, faire circuler les produits et les matériaux à leur plus haut niveau et régénérer la nature. Ces trois principes sont ensuite étayés par une transition fondamentale vers des énergies et des matériaux renouvelables. L’objectif ultime, selon la fondation, est de dissocier la croissance économique de la consommation de ressources. 

Si par exemple, vous souhaitez que les produits électroniques continuent à circuler à leur valeur maximale, vous revalorisez l’équipement en réutilisant les pièces plutôt que de collecter, déchiqueter et extraire les métaux les plus précieux des produits mis au rebut. Vous pouvez également mettre en place des réglementations qui obligent une entreprise à organiser et à financer la collecte de ses produits ou emballages, puis à réutiliser le matériau dans le processus de fabrication. Les entreprises doivent considérer cela comme la nouvelle chaîne d’approvisionnement respectueuse de l’environnement. Toutefois, la chaîne d’approvisionnement doit également être socialement équitable. Elle ne peut pas s’appuyer sur les gens les plus pauvres pour collecter les déchets sur le bord de la route ou dans les décharges afin de créer des produits de mode éphémère, des frisbees ou des bancs de parc.

Les producteurs doivent également internaliser les externalités. Chaque fois qu’un produit est conçu, il entraîne des coûts externes, mais lorsqu’ils sont externalisés, il n’y a aucune incitation à changer. Des mécanismes doivent être imaginés pour attribuer ces coûts externes aux producteurs et aux consommateurs et consommatrices, ce qui permet aux forces du marché de créer des solutions d’économie circulaire.

Je constate que vous travaillez sur au moins certains aspects de l’économie circulaire, comme la responsabilité élargie du producteur, depuis des décennies. Pensez-vous que l’idée d’une économie circulaire est une évolution importante de certaines de ces idées antérieures, et si oui, de quelle manière?
 
L’économie circulaire offre un cadre beaucoup plus large que la responsabilité élargie des producteurs (REP) et concerne tout type d’activité économique. La responsabilité élargie des producteurs consiste principalement à tenir les marques responsables de ce qu’elles mettent sur le marché. Elle n’englobe pas nécessairement les impacts plus étendus de la consommation de toutes les ressources qui ont servi à la création de ce produit.

Nous avons assisté à un changement fondamental entre le moment où les industries résistaient à la mise en œuvre de programmes de REP et maintenant, où les multinationales poussent leurs industries à accepter la responsabilité des matériaux en fin de vie qu’elles mettent sur le marché. Les entreprises prévoyantes savent que la REP ne suffit pas : une solution économique globale est nécessaire. 

Le modèle d’économie circulaire tente d’amener les producteurs et les entreprises à ne plus considérer ces éléments comme des avantages du premier, mais à prendre conscience de la nécessité de mettre en place des réglementations bien conçues qui obligent tous les producteurs à assumer la responsabilité de tous les impacts de leurs produits. Cela garantira des conditions commerciales équitables. C’est aussi le rôle des entreprises d’utiliser leur expérience et leurs compétences pour faire en sorte que les réglementations soient efficaces et fonctionnent dans le monde réel.

Tout au long de votre carrière, vous avez fréquenté les salles de conseil d’assez grandes multinationales. Pensez-vous qu’il y a eu un changement dans la façon dont les chefs d’entreprise surveillent des questions telles que l’économie circulaire et qu’ils sont plus réceptifs à passer à l’action?
 
Je suis très content de voir qu’aux échelons supérieurs, il y a une compréhension beaucoup plus profonde de la nécessité d’une réflexion sur l’économie circulaire. La discussion a maintenant commencé, mais elle peut être freinée par une trop grande attention accordée aux besoins commerciaux immédiats. Il n’est pas facile de mettre cette question en tête de l’ordre du jour, même si vous comprenez bien qu’elle est en tête de l’ordre du jour.

L’accumulation de tous les impacts, le sens des responsabilités, la volonté de ne pas perpétuer les anciennes méthodes semblent tous contribuer à faire avancer les choses. Nous ne sommes pas encore au bout de nos peines, car les dirigeants et dirigeantes d’entreprise ne sont pas incités à relever ces défis difficiles. Les incitations au changement devront venir des membres du conseil, des actionnaires, du gouvernement et des pressions sociales. Il y a cependant quelques extraordinaires chefs de la direction qui veulent bien se lancer, mais ils ont besoin du soutien de leurs actionnaires, de leur gouvernement et de leur conseil d’administration.
Disponible en anglais seulement.

Pour réaliser ce genre de changements, il faudra adopter une approche globale et systémique. Il semble donc évident que les conseils d’administration devront jouer un rôle important dans ce processus. Quels conseils donneriez-vous aux administrateurs et administratrices qui cherchent à comprendre l’économie circulaire et son impact sur leurs organisations?
 
Ils devraient commencer par une discussion sur les responsabilités de l’entreprise envers ses employés, ses fournisseurs, ses clients et les communautés dans lesquelles elle exerce ses activités, au-delà de la maximisation du rendement pour les actionnaires. Je pense que la chose la plus importante qu’un conseil d’administration puisse faire est d’avoir un point récurrent à l’ordre du jour ainsi qu’un processus pour avoir une discussion continuelle sur la responsabilité. C’est un sujet qui mérite d’être discuté par le conseil : quelles sont nos responsabilités et comment évoluent-elles?

Le conseil devrait demander à la direction de schématiser les risques pour l’entreprise de renoncer à devenir plus circulaire. Je demanderais à la direction d’établir des plans. Tout d’abord, la direction peut trouver des possibilités dans les activités existantes de l’entreprise pour adopter de nouvelles pratiques d’économie circulaire durables. Ensuite, certaines entreprises, généralement les chefs de file de leur secteur, devront faire un pas de plus et créer une stratégie de transformation qui déterminera les problèmes fondamentaux à résoudre pour transformer l’entreprise en une entreprise plus axée sur l’économie circulaire. Le conseil doit demander à la direction de présenter un plan qui permettra de faire face à l’un des plus grands risques déterminés et pour lequel l’entreprise est parfaitement qualifiée pour diriger. Il doit ensuite fixer des objectifs pour la ou le chef de la direction et examiner régulièrement les progrès accomplis. 

La transition est tellement fondamentale. Vous devez regarder ce qui se passe dans votre entreprise, vous devez diriger votre entreprise et ensuite votre entreprise doit sortir de ses murs et diriger plus largement parce que le défi est vraiment important.

[Cette entrevue a été condensée et adaptée pour des raisons de longueur.]
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