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1 novembre 2021

Séance à huis clos avec l’honorable John Manley : le rôle de l’entreprise dans la société

Par Prasanthi Vasanthakumar, Institut des administrateurs de sociétés

La question du rôle joué par l’entreprise dans la société a donné lieu à de vifs débats qui ont été mis en lumière dans l’énoncé de la U.S. Business Roundtable publié en août 2019, lequel redéfinissait la finalité de l’entreprise. Depuis cet engagement pris préalablement à la pandémie, bien des choses ont changé.

Dans la deuxième vidéo de notre série Séances à huis clos, notre fellow de l’IAS 2021, l’honorable John Manley se joint à Rahul Bhardwaj, président et chef de la direction de l’IAS, pour discuter de l’évolution de l’impact du milieu des affaires sur la société et de ses responsabilités envers celle-ci.

Compte tenu de son expérience dans des postes de direction à la fois dans les sphères politique et des entreprises, M. Manley est particulièrement compétent pour faire part de ses commentaires sur le croisement entre les politiques publiques, le monde des affaires et la société. Sa conversation avec M. Bhardwaj est suivie d’observations émises par d’autres dirigeant(e)s éminent(e)s sur la citoyenneté d’entreprise et les attentes vis-à-vis les conseils d’administration à l’égard des résultats environnementaux et sociaux, particulièrement en cette ère de pandémie.

Voici quelques faits saillants de la vidéo.

John Manley : obtenir les meilleurs résultats
Lors de son entretien avec M. Bhardwaj, M. Manley se penche sur le rôle que doivent jouer les entreprises du Canada pour renforcer la capacité du gouvernement à obtenir des résultats. Il souligne l’importance de la collaboration entre les secteurs public et privé, partage ses trois règles en matière de politiques et explique pourquoi un conseil d’administration diversifié est mieux préparé pour affronter les nouveaux enjeux.

À la question à propos du rôle du(de la) président(e) et chef(fe) de la direction devant s’exprimer sur les questions sociales, il répond qu’il faut faire preuve de prudence. À son avis, les président(e)s et chef(fe)s de la direction très bien rémunéré(e)s qui tiennent des propos trop moralisateurs engendrent le cynisme.

« Engagez-vous dans le domaine dans lequel vous excellez et tenez-vous-en à ce que vous savez », dit-il. « Assurez-vous également de mettre votre entreprise dans le contexte du rôle qu’elle peut exercer au sein de la société, qu’il s’agisse d’une institution financière ou d’une société d’extraction de ressources naturelles. Votre véritable expertise se trouve dans ce que vous connaissez. »

Pour ce qui de l’avenir, M. Manley souligne que les tendances entourant la mondialisation et les chaînes d’approvisionnement mondiales s’affaiblissent. « Nous sommes à la croisée des chemins », affirme-t-il. « Le Canada doit pouvoir compter davantage sur lui-même. Je pense que nous avons les ressources, les gens, les institutions et les attitudes qui nous donnent la capacité de continuer à prospérer dans un tel environnement. »

John Haigh : définir la citoyenneté d’entreprise
À la suite de l’intervention de M. Manley, John Haigh, codirecteur du Mossberg-Rahmani Center for Business and Government de la Harvard Kennedy School of Government, présente son point de vue sur le rôle de l’entreprise dans la société.

M. Haigh invite les téléspectateurs à se mettre à la place des présidents et chefs de la direction de Delta Airlines et de Coca-Cola lorsque l’État américain de Géorgie a adopté une loi qui a été largement interprétée comme limitant les droits des électeurs et des électrices. Étant donné que les deux entreprises ont leur siège social à Atlanta, comment les deux dirigeants devraient-ils réagir?

M. Haigh nous présente les principaux facteurs à prendre en compte dans le processus décisionnel, notamment la détermination de vos responsabilités en tant que conseil, la compréhension de vos engagements, tant individuels que collectifs, l’atteinte de la performance financière attendue et l’intégrité.

« En réfléchissant à votre objectif et à vos valeurs et à la façon dont vous répondriez à certaines de ces questions, vous commencez à cerner l’élément essentiel sur lequel votre organisation devrait axer son attention », a affirmé M. Haigh. « La réponse simple n’existe pas. Ces questions seront soulevées dans les moments les plus difficiles, non pas lorsque les choix sont faciles à faire, mais bien lorsqu’ils sont difficiles, et elles vous entraîneront dans des zones grises. Des compromis devront être faits. »

Lorsque les administrateurs et administratrices reviendront siéger au conseil, M. Haigh leur recommande de réfléchir à leurs croyances et à leurs valeurs en tant qu’individu sur les principaux enjeux de la société et au rôle que leurs organisations devraient jouer maintenant et avant qu’une crise ne survienne.

Objectif de l’entreprise après une pandémie
En effet, la plupart des organisations n’étaient pas prêtes à affronter la pandémie de la COVID-19, sans doute la plus grande crise à laquelle plusieurs d’entre nous auront à faire face au cours de notre vie. À la fin de la vidéo, Marty Cej, associé de la firme Longview Communications and Public Affairs, invite les autres membres du panel d’expert(e)s, à savoir Simon Kennedy, sous-ministre, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Carine Smith Ihenacho, cheffe de la gouvernance et de la conformité de Norges Bank et Karina Litvack, directrice d’Eni SA, à discuter de la façon dont les entreprises interagissent avec le changement sociétal, surtout depuis les 18 derniers mois.

M. Kennedy relève que l’impact de la pandémie sur l’économie mondiale et la société a mis en évidence la gravité d’autres risques systémiques, comme les changements climatiques. Les gouvernements examinent de plus près ces enjeux, ce qui aura une incidence sur leurs relations avec les entreprises à l’avenir.

De l’autre côté, Mme Litvack décrit ce que les entreprises attendent du gouvernement. En prenant comme exemple les changements climatiques, elle souligne l’importance d’un environnement politique habilitant pour les entreprises qui tentent de transformer leur modèle d’affaires.

Pour sa part, Mme Smith Ihenacho croit que la responsabilité à l’égard de la durabilité, y compris les résultats de l’entreprise en ce qui concerne les questions environnementales et sociales, incombe au conseil d’administration. En tant qu’investisseuse dans 9 000 entreprises dans de nombreux pays, Mme Smith Ihenacho souligne à quel point il est important que les entreprises rendent compte des problèmes de durabilité.

M. Kennedy développe cette idée, soulignant les attentes croissantes selon lesquelles les conseils disposent des capacités et des compétences nécessaires pour aborder les questions de durabilité comme la carboneutralité, l’équité, la diversité et l’inclusion et le bien-être social. Mme Litvack est du même avis, ajoutant que les questions environnementales et sociales ne relèvent plus seulement de la direction.

« Qu’il s’agisse de corriger les déséquilibres du profil de diversité ou de repenser le modèle d’affaires pour atteindre les objectifs de carboneutralité, nous devons démontrer que nous avons des objectifs clairs et une feuille de route pour y parvenir », explique Mme Litvack. « La majorité des administrateurs et administratrices n’ont pas ce degré de compétence. Nous devons accroître nos compétences. »

Le mot de la fin
Certes, nous vivons tous des moments difficiles. Les investisseurs et les investisseuses demandent aux gouvernements et aux entreprises d’être prévisibles dans un environnement de plus en plus imprévisible, tandis que le rôle de l’entreprise dans la société évolue constamment. Mais comme le souligne M. Manley, nous avons de très bonnes raisons de faire preuve d’optimisme.

« Nous avons beaucoup de problèmes et nous avons beaucoup à faire » , affirme-t-il. « Somme toute, lorsque je regarde la liste de tous les pays dans le monde, il n’y en a pas un seul autre où je préférais être que celui-ci.»

Merci à nos commanditaires de nous avoir donné la possibilité de réaliser cette séance à huis clos avec l’honorable John Manley:
Commanditaires de la série
  • PRINCIPAUX : Canadien Pacifique, KPMG, Longview
  • DE PRESTIGE : Deloitte, Torys
Commanditaire de la séance
  • John ManleyCAE, Telus
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